VITRINE SONORE 2015

Exposition

commissaire Hélène Prévost

01.09 — 01.11 / 2015

La Vitrine Sonore est un dispositif permanent de projection sonore qui longe la façade de Sporobole, le long du trottoir de la rue Albert. Constituée de 16 haut-parleurs, elle permet un contact direct avec les passants qui, de la rue principale du centre-ville de Sherbrooke – la rue Wellington – se rendent au stationnement à étages voisin de Sporobole. La disposition linéique des 16 haut-parleurs et la position de la Vitrine Sonore à l’interface géométrique entre Sporobole et la voie publique font de cette nouvelle galerie sonore extérieure une plateforme singulière de spatialisation et de projection sonore d’oeuvres en arts audio. Elle autorise des approches de compositions sonores spatiales fixes ou en mouvement; elle offre, d’un côté, un point d’écoute de proximité alors que les passants sont exposés à un ou quelques haut-parleurs et elle peut, d’un autre côté, fournir un point d’écoute global à partir de la rue. Pour Sporobole, c’est une occasion d’investir, par un moyen invisible, le domaine public et son environnement immédiat.

Sporobole a offert à une commissaire l’occasion de regrouper des artistes en art sonore et d’explorer les possibilités et concepts liés au dispositif de diffusion que constitue la Vitrine sonore. Pendant une résidence de trois semaines donnant un accès illimité au laboratoire de son, chaque artiste a développé un projet dont les résultats seront diffusés et discutés pendant la table-ronde.

Texte de la commissaire Hélène Prévost

L’espace extérieur de Sporobole propose sur sa façade une installation fort discrète lorsqu’on n’y prête pas trop attention. En marchant, en se déplaçant entre deux activités, deux lieux, mécaniquement, la marche ne servant qu’à ça, souvent, un mode de transport. On pourra croire y voir une corniche originale, d’un architecte à l’esprit libre. Lève-t-on même la tête? Les yeux et les oreilles fixés au sol.

Puis des artistes placent le corps au centre de l’écoute. Injectent une langue, des mots, déclenchent un mouvement, qui n’est pas celui connu du vent, ou de la circulation, ou des pas autour de soi. S’arrêter, écouter, poursuivre. En parler peut-être. Revenir demain. Tout le jour et une partie de la soirée, presque la nuit, sans arrêt, non-stop, une vie auditive défile. Vient de nulle part et va nulle part. Sans visage, discrète, elle colle à la devanture de briques. «  L’auditeur peut alors faire l’expérience d’une double traversée celle de l’espace de l’oeuvre et de l’espace citoyen.  » (Chantale Laplante)

Bien que le mot œuvre ne s’applique pas pleinement.
Il ne s’agit pas à proprement parler de la diffusion d’une œuvre sonore sur haut-parleur. Mais plutôt de la fusion d’un système de diffusion à une écoute du monde. Les mouvements aléatoires ou non qui gèrent la très longue partition amplifieront le non-lieu et accompagneront, sans queue ni tête, la déambulation. L’oeuvre sonore se révélant au rythme de la marche, de l’heure, selon les allures du temps et du ciel. Chaleur, pluie, grêle, ombre, vent sec, pavés brûlants.

Le défi de s’insérer dans un tissu urbain, las, à plat, sans contour apparent, fluide, sans objet.
Un geste minimal vient sculpter l’espace sonore. Si petit et il prend une telle place. Il redessine l’architecture des habitudes. Prendre telle rue, tourner à droite puis à gauche. Revenir sur ses pas. Tendre le bras ou l’oreille.
«  Nous avons tous la capacité d’ignorer l’espace que nous devons emprunter pour arriver à destination  » (France Jobin)

La Vitrine Sonore fragmente et étire le temps, dessine un discret labyrinthe où mener la curiosité, le besoin de se relier à ce qui nous est étranger, à pousser la porte sans frapper puisque le parcours n’appartient qu’à celui ou celle qui franchira l’espace, abordera la marche en ligne, le long de 16 voies.

Hélène Prévost – commissaire

Artiste sonore, musicienne, réalisatrice radio, adepte du (re)mixage, de la diffusion sur multiple haut-parleurs de diverses qualités et sur écouteurs domestiques dans une perspective frontale et dans une proposition semi-installative. (Diversification des sources et multiplications des points de diffusion.)

Projets récents : RIM14ze (Tour de Bras, Rimouski), PHON/13 (Oboro), MM/12ze (Mois Multi, Québec), U/Onze (Akousma 2011), C/Onze,+-/_\-+(Daïmon), 24gauche, Les fantômes des lots vacants (Minute), Calendar, Transgressive transmissions, a<varia>ctions, TAP, Vol Qualifié (Avatar), Simulcast, La Chute, Luigi’s Avatar, Jeudis tout ouïe, Montréal et Victoriaville Matière Sonore.

De 1978 à 2007, à titre de réalisatrice radio, se consacre à l’enregistrement et à la diffusion de musiques expérimentales et exploratoires à Radio-Canada (Musique Actuelle, Le Navire « Night », Bande à part). Initie des projets pour le web et coordonne la participation artistique de la radio aux festivals FIMAV, MUTEK, Montréal Musiques Actuelles, ainsi qu’à des projets tels les Symphonies Portuaires et le SILOPHONE (The User). Quelques publications dans Circuit, Esse, Artexte, Musicworks lui permettent de documenter des aspects de la pratique de l’art audio et de partager son écoute du sonore. Plusieurs contributions discographiques. Cd solo «« àlaplage » (Tour de Bras cd-2014).

Chantale Laplante : artiste en résidence du 18 mai au 7 juin et du 5 au 8 août

Chantale Laplante, compositeure, improvisateure et artiste sonore, explore les genres musique instrumentale, mixte et électroacoustique, l’improvisation avec ordinateur et plus récemment l’approche in situ. Elle a été artiste en résidence dans plusieurs centres d’artistes au Canada et en Europe, dont le Centre d’arts contemporains de Glasgow, le Centre d’arts de Banff, la Internationale Künstlerhaus Villa Concordia en Allemagne.

Son travail repose sur la sensation et le champ phénoménal du lieu qu’elle approfondit à travers ce qu’elle nomme un donner à entendre et l’émergence d’une écoute incarnée. Boursière du FQRSC, elle est doctorante en Études et pratiques des arts à l’Université du Québec à Montréal. Ses recherches portent sur son concept de l’hyperécoute et l’expérimentation du genre installation-concert qui a entre autres mené à l’événement « Intra-muros » présenté en juin 2014 dans les trois salles du Pavillon du Coeur des Sciences à Montréal. À l’automne 2013, elle était au Japon (Tokyo et Kyoto) pour poursuivre une recherche sonore en immersion dans les jardins japonais. À l’automne 2014, elle présentait une création radiophonique autour de l’oeuvre CARNETs de l’auteure Marie-Line Laplante avec qui elle forme le collectif MLC.

PROJET DE RÉSIDENCE

assi/terre [titre de travail]

L’oeuvre assi/terre [titre de travail] est tissée de deux langues : l’innu et le français. L’innu, langue sur la frontière du disparaître/apparaître, et le français langue de traduction. C’est un va-et-vient entre le chant et le sens qui traverse la trame sonore. À travers les liaisons de vocables et de bruissements, et au détour d’une promenade, l’auditeur peut alors faire l’expérience d’une double traversée celle de l’espace de l’oeuvre et de l’espace citoyen.

assi/terre [titre de travail] met à profit le dispositif de diffusion éminemment déambulatoire du centre d’artistes Sporobole en multipliant les traversées et en démultipliant, par effet de saisie, notre capacité perceptive du monde.

Lecture innu : Alexsa KcKenzie
Programmation Max-MSP : Julian Stein

France Jobin : artiste en résidence du 9 au 20 juin et du 30 juillet au 4 août

France Jobin, artiste audio/installation/compositeure et commissaire, réside à Montréal. Son art audio, qualifié de « sculpture sonore », se distingue par une approche minimaliste d’environnements sonores complexes à l’intersection de l’analogue et du numérique. Ses installations empruntent un parcours parallèle, intégrant des éléments musicaux et visuels inspirés par l’architecture des lieux. On peut « vivre l’expérience » de ses installations et concerts live dans plusieurs évènements/festivals de musique et de nouvelles technologies internationaux, notamment Mutek, Flussi, FIMAV, SEND + RECEIVE, Club Transmediale, ISEA RUHR 2010, surface tension Japon.

Jobin a produit de nombreux albums solos sous des étiquettes renommées dont ROOM40 (AU), LINE (US), nvo (AT), Baskaru (F) ATAK (JP) et popmusik records (JP). Ses œuvres font également partie de nombreuses compilations. Sa collaboration avec l’artiste audio Tomas Phillips s’est concrétisée dans ligne, album sous l’étiquette japonaise ATAK.

Invitée à faire une résidence par AIR Artist-In-Residence de Krems en Autriche, elle y crée l’installation audio und transit, présentée au cloitre de MinoritenKirche à Stein (AT). Une collaboration avec l’artiste Cédrick Eymenier (FR) a produit l’œuvre EVENT HORIZON, qui a connu des diffusions à Paris, à la Biennale de Merida (VE), au Torrance Art Museum de Los Angeles (2010) et à ISEA RUHR 2010 (DE). En 2011, elle a été une de cinq artistes internationaux invités par Richard Chartier, artiste audio renommé et commissaire, à présenter son installation audio Entre-Deux à l’exposition de nouveaux médias Data/Fields qu’il a organisé au Artisphere dans la région de Washington, DC (US),en compagnie des œuvres de Mark Fell, Ryoji Ikeda, Caleb Coppock et Andy Graydon. Une récente collaboration audio visuelle, « Mirror Neurons » avec des artistes Italiens sera présenté en première mondiale au A × S / ak-sis / FESTIVAL 2014 | CURIOSITY dans le segment « Synergetica Screening ».

Tout dernièrement, son oeuvre P orbital a été présentée au Miami Art Fair pour CONTEXT-ing / Listening as CONTEXT à Miami, Floride. Jobin est l’initiatrice d’immerson, concert évènementiel et philosophique qui propose la création d’un environnement dédié à l’écoute et, à cette fin, consacre une attention au confort physique du public grâce à un espace spécialement conçu. Le principe soutenu par immerson est la recherche / exploration de nouvelles perceptions / expériences du processus d’écoute repoussant la notion d’« immersion » aux limites du possible. Produit la première fois en 2011 chez Oboro, Montréalelle continue à agir à titre de commissaire et productrice d’immerson.

Elle a été finaliste au Sonic Arts Awards 2014 (IT) dans la catégorie “Sonic Research”. En janvier 2013, Le Conseil québécois de la musique a récompensé son travail en lui discernant le prestigieux Prix Opus 16 An 2011-2012 pour le Concert de l’année – Musiques Actuelle, Électroacoustique à AKOUSMA 8.

L’œuvre de France Jobin poursuit son évolution au fur et à mesure que les technologies ouvrent de nouvelles perspectives de création.

PROJET DE RÉSIDENCE

und transit

Nous avons tous la capacité d’ignorer l’espace que nous devons emprunter pour arriver à destination. Si ces espaces de passages font habituellement partie d’un tracé vers une destination finale, ils sont rarement une fin en soi. J’ai élaboré ce concept à Minoritenplatz à Krems en Autriche, où je fus immédiatement frappée par la solitude de ce cloître et sa vocation devenue purement utilitaire.

Inspirée par l’aspect solitaire et fonctionnel de l’emplacement de La vitrine Sonore, je recueillerai un certain nombre d’enregistrements de terrain (field recordings) captés près de et aux alentours de l’environnement immédiat de la vitrine, afin de créer une série de paysages sonores basée sur le vide de cet espace.

 

Vous êtes cordialement invités à regarder la table ronde des artistes qui ont pris part à l’édition 2015 de la Vitrine sonore. La table-ronde, animée par la commissaire Hélène Prévost, était constituée des compositrices France Jobin et Chantale Laplante, ainsi que des invités spéciaux Chantal Dumas qui fut la première artiste à créer une oeuvre pour la Vitrine sonore et Nicolas Bernier qui sera commissaire de l’édition 2016. L’événement comprendra une visite du laboratoire de spatialisation sonore, une présentation du dispositif par Frédéric Dutertre, et des conférences des artistes en résidence.